J1 à Kakadu: Plongée au coeur de la culture aborigène…. après qu’on m’ait abandonnée sur un trottoir la nuit…

Réveil à 5h30… Aïe. Je m’habille, je ferme mon petit sac à dos, je me sens étrangement légère. Et hop je file un quart d’heure plus tard. Je m’arrête sur le chemin pour m’acheter un truc pour le petit déj (équilibré forcément) et à 6h20 j’arrive au lieu de rendez-vous, Mitchell Street, la seule et unique rue active de Darwin. Il y a d’autres personnes mais toutes partent pour des tours différents du mien. Ils embarquent tous les uns après les autres. 6h45, j’attends toujours… 6h50, je rentre dans le backpacker qui est mon point de rendez-vous et je demande à la fille de l’accueil si elle peut appeler pour être sûre qu’on ne m’ait pas oublié. Elle me rassure : Ils donnent la même heure à tout le monde, donc le temps qu’ils passent récupérer les autres, c’est normal que j’attende un peu. Mouais. En attendant tous les hôtels se trouvent quasiment dans la même rue… Je retourne dans la nuit noire sur mon bout de trottoir. Et j’attends. J’attends. J’attends encore. Ah tiens, je m’ennuie… 7h30. Je retourne voir la fille. Euh là, ça fait une heure… OK, elle accepte d’appeler… Un coup de fil plus tard : C’est bon, la fille m’a bien sur mon registre, il a juste du y avoir un problème quelque part pendant le pick-up, ils ont sûrement dû attendre quelqu’un. Bref, pas d’inquiétude… OK. Mais 7h50 y’a toujours personne. La fille rappelle et du coup, l’agence dit qu’elle appelle le guide et nous rappelle pour savoir où ils en sont…

8h00 on nous rappelle. Grande nouvelle : On m’a oubliée. Oh ben ça alors, je ne l’avais pas vu venir dites donc ! On m’a oubliée en pleine nuit sur un trottoir. Ca c’est fait. La fille de l’agence cherche une solution et nous rappelle… Te presse pas, j’ai plein de trucs à faire sur mon trottoir…

10 minutes plus tard, elle rappelle pour nous dire qu’un autre guide de l’agence vient me chercher, ce ne sera pas long. En fait elle rappelle 5 minutes plus tard pour dire que ce ne sera pas avant 9h… Génial. Ah et du coup j’arriverai trop tard pour aller voir les crocos (Bon je les ai vu plein de fois la dernière fois, mais quand même)

La fille de l’hôtel a pitié de moi et elle m’offre une heure sur internet pour me faire patienter. 5 minutes plus tard, comme je suis trop gentille j’ai aussi le droit à une bouteille d’eau offerte. J’en profite pour réserver mon vol retour depuis la Tasmanie, au moins je n’aurais pas complètement perdu ma matinée.

Un peu après 9h, l’autre guide arrive, Keith. Alors je suis intérieurement super énervée, mais je suis tellement de voir quelqu’un qui vienne me chercher que je suis tout sourire et en plus il est super cool et ce n’est pas de sa faute…

Du coup j’ai mon chauffeur privé, il était à l’University of Queensland à Brisbane quand j’y étais ! On partage nos anecdotes et nos péripéties de voyage. On s’arrête sur la route à un endroit où on peut voir des crocodiles et où il y a aussi un …. Buffle albinos ! (Je ne savais pas que ça existait) et Keith m’offre autant de boissons que je veux et une sorte de croque-monsieur tomate jambon fromage ^^. En plus il est tout content parce qu’il avait peur que je sois de mauvaise humeur et au final on s’entend super bien. Donc on passe un bon moment, et heureusement parce qu’ils l’ont dérangé pendant son seul jour de congé de la semaine pour qu’il m’emmène !!

Vers 11h, je récupère mon groupe ! Alors en fait, quand j’ai réservé, celui qui a pris ma réservation a bien ajouté mon nom sur la liste de l’agence. Mais pas sur la liste du guide… Il ne risquait pas de venir me chercher… Je monte dans le 4×4 amélioré (On est une dizaine, c’est entre un 4×4 et un gros van… mais un truc pour aller dans le bush !) et hop on file vers Kakadu, patrimoine mondial de l’unesco. Kakadu, c’est le plus grand parc national d’Australie, superficie de la moitié de la Suisse ! C’est l’un des 25 lieux du patrimoine mondial de l’unesco à être classé à la fois pour son importance culturelle et naturelle.

On s’arrête peu de temps après devant le panneau « kakadu national park » ! ça y est j’y suis !! Ouf c’était pas gagné ! Quelques photos et on en profite pour faire connaissance ! Le guide s’appelle Brett et il vient de Nouvelle-Zélande (Selon lui c’est de là que vienne tous les meilleurs guides au monde. Mais je ne suis pas certaine qu’ils soient très objectifs… verdict dans 3 jous^^) et il a une passion secrète : Le crochet ! J’en reste baba !! Le crochet. Original pour un guide d’une trentaine d’années ^^.

On roule ensuite direction : Ubirr, réputé pour les peintures aborigènes s’y trouvant sur des parois rocheuses. Il y a des peintures qui datent d’il y a 20’000 ans, mais la plupart ont 2000 ans. Il peuvent repeindre sur les peintures précédentes donc il y a pas mal de superpositions. Les aborigènes ne signent jamais leurs œuvre car ils considèrent qu’elles appartiennent à tout le monde. Ces peintures servent à raconter des histoires, notamment sur des comportements ou des lois ou des lieux,…. Sur une peinture on reconnaît l’arrivée des hommes blancs sur le territoire : On sait que c’est un homme blanc car il porte un tee-shirt, des bottes et … il a les mains dans les poches, alors que les aborigènes n’avaient jamais vu de poches ^^. Il y a aussi des peintures de tortue à long cou, de plusieurs types de poissons et…d’un tigre de tasmanie, disparu du continent il y a près de 2000 ans.

Les anciennes peintures sont faites de rouge (terre), jaune, blanc et noir (charbon). Le charbon part dès la première pluie. Le blanc part en quelques années, puis c’est au tour du jaune. Le rouge lui peut rester des milliers d’années, c’est pourquoi les plus anciennes peintures… ne sont que des tâches rouges ^^.

Sur les peintures plus récentes, on trouve une autre couleur… du bleu… Quand les blancs sont arrivés, ils ont donné des vêtements aux aborigènes. Par conséquent, ils leur ont aussi distribué… de la lessive. Cette lessive était bleu. Du coup, plutôt que de laver les vêtements, ils trouvaient ça beaucoup plus cool d’avoir une nouvelle couleur pour peindre !

On voit plusieurs wallabies sauvages durant le chemin à Ubirr. Ce chemin mène de rochers en rochers où se trouvent les différentes peintures. A chacune d’elles, Brett nous donne les explications/anecdotes. Chaque histoire a une morale pour les enfants ou permet d’expiquer pourquoi il y a un trou à cet endroit dans ce rocher ou pourquoi le paysage est de cette façon,…

Les anciens commencent à raconter les histoires ou mythes du premier niveau, accessibles à tout le monde. Puis, une fois les connaissances de ce premier niveau acquises, ils peuvent passer au deuxième niveau,… Donc plus on est ancien, plus on a de connaissances par rapport aux croyances/histoires/coutumes aborigènes. Le problème, c’est que la nouvelle génération n’est plus intéressée, ils ne vivent plus de la même manière et toutes ces croyances ne sont écrites nulle part… Du coup, c’est toute une culture qui est en train de disparaître.

Brett nous raconte quelques-unes des histoires du premier niveau, celles-ci sont bien connues :

Les sœurs Namarkan

Les sœurs Namarkan allaient souvent s’asseoir près d’un billabong (un étang. Oui je parle couramment les dialectes locaux ^^). Un jour, une des 2 sœurs s’est rendue compte qu’elle pouvait se transformer en crocodile… Du coup, elle laissa sa sœur au bord de l’étang, se changea en crocodile, rentra dans l’étang et alla faire une peur bleue à sa sœur… Puis elle ressort de l’étang, se rechange en humain et retourne voir sa sœur qui lui raconte ce qu’elle a vu. Elle a trouvé ça tellement drôle qu’à chaque fois qu’elles vont s’asseoir près de l’étang, la sœur recommence encore et encore. Jusqu’au jour où la seconde sœur se rend compte que le crocodile ne vient que quand sa sœur n’est pas là… et en déduit qu’elle est le crocodile. Elle décide donc de se changer elle aussi en crocodile (ouais ici c’est comme ça, tu veux te changer en croco, bim c’est fait ! Moi j’ai décidé d’être un koala quelques jours pour dormir 20h par jour, ça me fera du bien ^^) et de faire également une peur bleue à sa sœur. Ca les amusait tellement qu’elles ont fini par se dire qu’elles pourraient se changer définitivement en crocodile, comme ça elles pourraient s’amuser à effrayer les gens et elles pourraient aussi les manger quand l’envie leur prendrait… Avant de se transformer, elles arrachèrent leurs dents qui se transformèrent en herbes piquantes. Depuis, les sœurs Namarkan sont présentes dans chaque crocodile, prêtes à chasser… donc il faut se méfier des crocrodiles !!! Et faire encore plus attention si près de l’eau se trouve cette herbe piquante, c’est qu’il y a sûrement des crocos.

Mabuyu

Une autre des peintures de ce site : Un homme, Mabuyu, revenait de la pêche. Pour être sûr de ne pas se faire manger son poisson pendant la nuit par des dingos, il décide d’accrocher un poisson par une ficelle à un arbre. Comme ça si un dingo vient essayer de le manger, le bruit de l’arbre le réveillera et il pourra le chasser avant qu’il ne mange son poisson… Sauf que… à son réveil le poisson a disparu ! Il trouve les traces des coupables et décide de suivre ces traces. Il finit par arriver à une grotte où il trouve les 2 voleurs bien repus, la peau du ventre bien tendu, autour d’un feu où ils avaient fait griller le poisson. Mabuyu décide de les punir : Il met un rocher devant l’entrée de la grotte… Les voleurs n’ont jamais pu ressortir et seront morts dans cette grotte. Moralité : Voler, c’est pas bien (ou alors faut savoir effacer ses traces ^^)

Les Mimis

On arrive à un rocher en forme de C, donc ça fait une sorte d’abri, mais le « plafond » se trouve à plus de 20 mètres de haut.. et pourtant il y a une peinture ! Comment ont-ils fait pour peindre (il n’y a pas de girafe ou d’hélicoptères…). C’est tout simple, ce sont les Mimis ! Ce sont des esprits. Ils ont simplement pris le gros bout de caillou, ils l’ont posé au sol, peint puis remis à sa place. Y’a pas plus simple.

Le Barramundi

Une fille d’une tribu a été « vendue » à une autre tribu pour se marier. Dans cette nouvelle tribu, elle part à la pêche et attrape un barramundi qu’elle va manger. Or, dans cette tribu, il est interdit de manger ce poisson… Du coup, elle va être sévèrement punie. La fille va se sauver, retourner dans sa tribu et leur expliquer ce qui s’est passé. Ils trouvent la punition trop sévère, surtout que chez eux, elle a le droit de manger du barramundi. Ils partent en guerre et il y aura beaucoup de morts et de blessés dans les 2 tribus. Moralité : Nul ne peut ignorer la loi et même si tu ne comprends pas encore les lois, il faut les respecter car leur non-respect peut avoir des conséquences graves qui ne concernent pas que toi.

Le serpent arc-en-ciel

Cette histoire existe dans toutes les tribus mais un petit peu différentes à chaque fois. Le serpent arc-en-ciel vit en paix dans les retenues d’eau Il sort quand il est dérangé, par exemple par des bruits forts comme l’orage ou… les bruits d’enfants. Un jour, dans un camp, un serpent entendit les cris d’un enfant. Il voulait un certain type de racines sucrées, mais il en a eu des amères… ses cris ont redoublé et duré toute la nuit… le lendemain, le serpent exaspéré est venu entourer toute la tribu et les a tous mangé… Donc on ne laisse pas un enfant pleurer, il faut s’occuper de lui…

Voilà, donc tu te retrouves face à des peintures de 20’000 ans dont l’explication n’est arrivée jusqu’à toi aujourd’hui que par voix orale puisque rien n’est écrit…

 

Sur certains sites, Brett nous montre des endroits/rochers à ne pas prendre en photos. Ce sont des lieux sacrés pour les aborigènes. On voit également plusieurs endroits où ont été tournés Crocodile Dundee.

On reprend ensuite le van, direction le camping pour la première nuit ! On s’arrête en route pour nous faire récolter du bois pour le feu : « Regardez bien ce que vous touchez, ne confondez pas un serpent avec une branche surtout… » Message bien reçu… 20 minutes plus tard on repart et on arrive avant la tombée de la nuit au camping. Brett nous montre le bloc avec les sanitaires, il nous prévient : Blindé de moustiques… eh oui on est dans le bush australien… Il nous montre ensuite notre emplacement. Il y a un marabout pour la cuisine et un pour dormir. Il nous conseille de ne pas trop ouvrir les portes pour limiter au maximum les moustiques…

On fait un feu, on prépare à manger et je sympathise avec une suédoise fan de … plongées ! Inutile de dire qu’on s’entend très bien dès le départ et que nos conversations tournent pas mal autour des bulles ^^. Elle vient de faire un mois de volontariat sur l’île Pom pom, c’est l’île voisine de Mabul, une où il y a aussi eu beaucoup d’enlèvements. Elle faisait des recherches sur les tortues. Elle m’explique qu’après 10 minutes où elles commencent à laisser leurs œufs, les tortues entrent dans une sorte de transe, donc il est possible de s’approcher d’elle et de récupérer les œufs au fur et à mesure. Je trouve ça fou de se retrouver la main tendue sous les fesses d’une tortue et d’en récolter les œufs ^^.

Après un bon barbecue bien australien (oui le barbecue est soi-disant la spécialité australienne… mais c’est surtout qu’ils n’ont aucune spécialité culinaire, donc ils ont trouvé ce qu’ils ont pu…) à base de croco et kangourous, on va faire griller des marshmallows en parlant des pays des uns et des autres. Chacun en prend pour son grade. Et nous, on a bien pris. Je découvre ce soir l’affaire du Rainbow Warrior… Pour ma défense ça s’est passé en 1985, je n’étais pas en mesure de regarder les infos à l’époque. Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’un navire de Greenpeace qui allait protester contre les essais nucléaires français. Mais vers les Nouvelle-Zélande, la France, Mitterrand et les services secrets décident de couler le navire… sauf qu’il restait des gens dessus. La Nouvelle-Zélande et beaucoup d’australiens apparemment en veulent depuis ce jour à la France.

Ca me fait bizarre d’habitude, tout le monde adore la France et là, Bim ! Moralité, on ne peut pas plaire à tout le monde !

Soudain on réalise qu’il est presque 22h…. heure à laquelle les lumières s’éteignent aux sanitaires. Vite, on prend le nécessaire et on file avec Mélanie l’allemande et Brett. En arrivant au bloc (je suis dans un camping hein, pas un hôpital, pas d’inquiétude), il y a des nuées et des nuées d’énormes moustiques qui nous attendent affamés. Formidable. Mais ce n’est pas tout. Parce que l’Australie est pleine de surprise, dans ma douche il y a également un cane toad… c’est quoi un cane toad ? Oh rien de bien grave, juste un crapaud mortel… Ah l’Australie m’avait manquée ^^. J’appelle Brett à la rescousse « breeeeeeeeeet y’a un cane toadddddddddd dans ma douche, je fais quoiiiiiiiiiii ? » « Tinquiète pas, évite juste de le toucher » Euh…. « Breeeeeeeeeeeeeeeeeett » ^^ il finit par venir le chercher, il le prend à pleine main « Tant que je ne me lèche pas les mains je ne vais pas mourir » Oh ben ça va alors… Il me montre les glandes par où sort le venin, effectivement, il en crache dans tous les sens…

Les cane toads sont une vraie peste en Australie. Ils viennent d’Amérique du Sud et ont été introduits en Australie (excellente idée, bravo…) où ils se multiplient beaucoup trop vite et empoisonnent bon nombre d’animaux locaux…

Le temps que Brett nous montre le crapaud sous tous les angles, le temps passe… on file sous la douche. C’est très compliqué de se doucher dans un nuage de moustiques… Avec Mélanie, on n’arrête pas d’hurler, on gesticule dans tous les sens… Quand soudain… La lumière s’éteint. Formidable…. Alors là c’est sang à volonté pour tous les moustiques… On ne peut plus rien faire. Je croise les doigts pour qu’il n’y ait pas un cane toad qui vienne dans ma douche ou qui soit posé sur ma serviette ou sur mes vêtements… brrr… Brett est mort de rire bien sûr « Je vous avais prévenu »… oui mais bon, tout ça c’est de la faute du cane toad ! Ce sera donc la douche/séchage/habillage le plus rapide de toute l’histoire des douches. Notez que j’ai été très efficace, j’ai fait don de la moitié de mon sang en même temps que je me suis douchée… ça c’est de l’efficacité… J’ai même été plus rapide que Brett !

Au moment de se coucher, je m’enveloppe dans mon sac à viande anti-moustiques et je ferme les yeux… qu’est ce que j’entends… ??? « Bzzzzzzzzzz bzzzzzzzz » mais pas un ou 2… non non. Des nuées de moustiques. Ça grouille de partout… La nuit va être bonne.

Ju

 

3 réflexions au sujet de « J1 à Kakadu: Plongée au coeur de la culture aborigène…. après qu’on m’ait abandonnée sur un trottoir la nuit… »

  1. Bon appétit, les Moustiques ! fais gaffe tout de même …
    Pour le guide qui crochète, ce n’est pas tellement inhabituel : regarde les bonnets des rastas, ils sont faits par des hommes 😀
    Tes histoires aborigènes sont bien jolies … si tu en as d’autres, n’hésitent pas 😉
    Bizzzz

  2. Ah,magnifique journée avec plein d’aventures : un problème de transport(encore!), une description précise (notamment des mythes) et on finit en beauté avec l’hébergement et les bébêtes! J’adore. Courage ma petite ju!

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